Come-on ! La consommation de médicaments doit être optimisée...

20/04/17 à 11:34 - Mise à jour à 11/05/17 à 11:49

Lorsqu'il est question de personnes âgées institutionnalisées ou hospitalisées en gériatrie, l'épineuse question de la consommation de médicaments est un sujet presque incontournable. Le projet-pilote Come-On a pour ambition d'améliorer la situation pour les patients, pour ceux qui les soignent... et pour l'assurance-maladie.

Come-on ! La consommation de médicaments doit être optimisée...

© iStock

La présentation de Come-On n'était sans doute qu'un des nombreux thèmes abordés lors de la journée d'étude " Pillen in de Cloud " organisée récemment par Zorgnet-Icuro (littéralement " Des pilules dans le Cloud "), mais elle avait l'avantage de proposer à l'auditoire un cadre très concret pour s'attaquer à la problématique de la consommation médicamenteuse des séniors dans le futur. Rattachée à l'unité de recherche en pharmacologie clinique et pharmacothérapie de Louvain, Veerle Foulon a présenté un aperçu de ces recherches lancées à la demande de l'Inami dans un public de personnes âgées institutionnalisées. L'étude a été réalisée au sein d'un consortium réunissant l'UCL et la KU Leuven et a porté sur l'ensemble du territoire belge.

" Ces travaux poursuivaient un triple objectif : dresser le tableau de l'impact de la concertation interdisciplinaire sur le bon usage des médicaments, investiguer les possibilités d'optimiser l'utilisation du formulaire et examiner comment réaliser une gestion qualitative des traitements médicamenteux. "

Concertation interdisciplinaire

Le volet le plus conséquent, l'étude de l'impact de la concertation interdisciplinaire, a porté sur quelque 63 MRS. Dans ce cadre, un groupe contrôle a travaillé comme il l'avait toujours fait, dispensant les soins habituels tout en récoltant des données supplémentaires pour les besoins du projet. Un second groupe de 30 MRS (groupe d'intervention) a organisé pour chaque résident participant trois séances de concertation interdisciplinaire où le généraliste, le pharmacien et l'infirmier avaient l'occasion d'aborder d'une façon structurée tous les aspects de la consommation de médicaments chez ce patient précis. " Au cours de ces concertations, le médecin avait la possibilité de revenir de manière plus approfondie sur les pathologies du résident et sur les choix médicamenteux posés pour y répondre, tandis que le pharmacien pouvait proposer de plus amples explications sur les médicaments proprement dits et les alternatives éventuelles (en cas de problèmes de déglutition, par exemple). L'infirmier, lui, possède souvent un trésor d'informations cliniques - l'évolution de la tension sur une période donnée, les chutes, etc. - qui peuvent être prises en compte dans l'évaluation du traitement ", résume le Pr Foulon.

Une nouvelle plateforme en ligne a été développée spécialement pour la récolte des données dans le cadre de l'étude ; dans le groupe d'intervention, elle permettait en outre aux soignants de partager des informations, de préparer la concertation et d'enregistrer les accords passés lors de ces rencontres. " Cet aspect était réellement novateur : pour l'instant, les pharmaciens ne sont pour ainsi dire jamais au courant des maladies dont souffre le patient ou des données cliniques. Les systèmes actuels ne le permettent d'ailleurs pas encore... mais nous espérons évidemment que ce que nous avons développé dans le cadre de ce projet pourra être repris par le secteur et contribuer à orienter les applications futures. "

Le projet a livré une manne d'informations, puisque l'application en ligne a récolté des données relatives à quelque 1.800 résidents, qui sont actuellement en cours d'analyse. Indépendamment de l'intervention ellemême, il en ressort par exemple que des données concrètes sur la fonction rénale ne sont disponibles que chez moins de 50 % des patients. " Pourtant, c'est tout de même une information capitale pour l'administration rationnelle de médicaments ", observe le Pr Foulon.

Formulaire

Dans la pratique, ce volet de l'étude a été intégré à celui sur la concertation interdisciplinaire et sur la gestion de la médication. Dans le cadre de la concertation interdisciplinaire a ainsi été élaboré un programme d'apprentissage mixte visant à actualiser les connaissances en matière de polymédication et de réalisation d'une revue médicamenteuse chez la personne âgée. Cette formation s'est attardée de manière approfondie sur la prescription rationnelle et l'importance que peut jouer dans celle-ci un formulaire evidence-based. Pour chaque MRS ont également été organisées deux CMP consacrées respectivement aux antidépresseurs et aux hypolipémiants, où les médecins, les infirmiers et le pharmacien devaient parvenir à un consensus sur l'usage et le choix des produits dans leur propre établissement.

Gestion du traitement médicamenteux

Le parcours de prescription, commande, livraison, conservation, préparation, administration et suivi des traitements médicamenteux a été examiné de près dans 12 MRS. " Cela nous a permis d'obtenir un aperçu de la gestion des traitements médicamenteux, de ses processus et des soignants qui y sont impliqués. Ensuite, nous avons interviewé les acteurs de ces processus. Nous voulions savoir pourquoi ils organisaient certaines choses de telle ou telle façon, quelles étaient d'après eux les forces et les faiblesses du système, etc. "

Toutes les données ont été passées en revue avec des experts, ce qui a permis de dégager un certain nombre d'activités-clés et de best practices pour tous les processus intervenant dans la gestion des traitements médicamenteux. " Nous allons à présent essayer de développer également des indicateurs de qualité mesurables. Nous sommes en train de les tester dans quatre établissements, mais l'un des problèmes que nous rencontrons est que les données nécessaires au calcul de certains indicateurs ne sont tout simplement pas disponibles. "

L'étude est aujourd'hui à peu près bouclée. Et ensuite ? " Nous voulons d'abord et avant tout prendre en considération le feedback des MRS elles-mêmes ", précise le Pr Foulon. " Les concertations structurées que nous avons organisées avec six centres wallons et six centres flamands ont mis au jour un réel enthousiasme, mais elles ont aussi soulevé la question de savoir si cette concertation interdisciplinaire était réellement nécessaire pour tous les résidents et, si oui, à quelle fréquence. Il pourrait être utile d'envisager une concertation au cours des premières semaines suivant l'arrivée d'un nouveau résident ou à certains intervalles... "

Entre-temps, les premiers résultats ont été soumis à l'Inami. Un symposium spécial est également prévu le 31 mai pour toutes les MRS qui ont apporté leur collaboration au projet. Le rapport final, reprenant les résultats mais aussi le feedback des établissements, est attendu à l'automne. Nous aurons certainement l'occasion d'un reparler !Désirée De Poot

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