Tour de France: trois semaines sur le qui-vive

05/07/17 à 12:00 - Mise à jour à 30/06/17 à 12:53

Pour assurer la sécurité des coureurs, des suiveurs, mais aussi des milliers de spectateurs, le Tour de France a mis en place un dispositif médical complet, en alerte permanente durant la durée de l'épreuve. A la tête de ce dispositif, une femme passionnée, Florence Pommerie.

Tour de France: trois semaines sur le qui-vive

© PHOTOPQR/L'EST REPUBLICAIN

" Chute dans le peloton ! " Quand les mots résonnent sur les ondes de radio-Tour, l'affolement gagne aussitôt la caravane du Tour de France et les questions fusent. Le docteur Florence Pommerie, elle, n'a pas le temps de s'en poser. Très vite, elle arrive sur les lieux de l'accident, saute de la décapotable médicale et commence à s'affairer avec la célérité, la réactivité et l'efficience propres aux médecins urgentistes, activité qu'elle exerce à l'année au SAMU 93 de Bobigny, dans la banlieue nord de Paris. En un coup d'oeil, elle dresse un état des lieux et définit les priorités.

Adoubée par les coureurs

Médecin-chef du Tour depuis 2010, la doctoresse a succédé à l'emblématique Gérard Porte, qui a occupé le poste pendant 39 ans. Petit bout de femme, blonde aux cheveux courts, maman de quatre enfants, passionnée de sport, également directrice médicale du rallye Dakar depuis 2006, réputée pour son professionnalisme et son humour percutant, Florence Pommerie est désormais bien connue des quelque 4.500 personnes qui composent, toutes fonctions confondues, la caravane du Tour ainsi que des millions de téléspectateurs.

En quelques années, elle a réussi à faire sa place dans un univers encore très masculin. Les coureurs l'ont adoubée. Et elle le leur rend bien : " J'ai beaucoup d'estime pour eux, pour leur endurance. Ce sont des athlètes incroyables, des types équilibrés, au mental d'acier. "

Un imposant dispositif

Femme organisée - de l'organisation il en faut beaucoup à ce niveau-là - elle a commencé, dès son arrivée, par doubler l'équipe médicale. Désormais, elle a autour d'elle une trentaine de personnes, parmi lesquelles des médecins (chirurgien, orthopédiste, anesthésiste, ...) uniquement des urgentistes, mais aussi des infirmiers et des pilotes, pour la plupart des anciens coursiers habiles à manoeuvrer.

Une des plus grandes fiertés de la " doc en chef " est d'avoir fédéré un collectif qui, pour subvenir à toutes les situations en parfaite autonomie, dispose de sept ambulances, deux cabriolets et une moto médicalisée, le tout équipé de gros matériel, comme du SMUR (service mobile d'urgence et de réanimation), et réparti sur toute la course (au milieu et en queue de la caravane publicitaire, entre la caravane et le peloton et derrière le peloton), selon une procédure bien établie.

Tous les véhicules du service médical sont reliés par radio sur un canal dédié et, depuis quelques années, l'imposant dispositif est complété par un camion médicalisé sur la zone d'arrivée.

Intervenir à bon escient

S'il ne s'immisce pas dans le suivi médical des coureurs, domaine des médecins d'équipe, le staff médical du Tour est sur la brèche durant les trois semaines de la course, prêt à intervenir à tout moment dès le premier kilomètre d'une épreuve qui en compte environ 3600.

" Nos interventions sont diverses et variées, elles vont d'un mal au genou à une diarrhée, en passant par une insolation, une piqûre d'insecte ou une chute ", précise la patronne qui se trouve dans la décapotable numéro un, derrière le peloton. " Notre boulot, c'est de réagir vite et d'évaluer au plus tôt la gravité de la situation, pas de tout soigner nous-mêmes. Ce qu'il faut, c'est intervenir à bon escient, pas se précipiter. "

D'ailleurs, les urgences graves sont rares. " La difficulté ne réside pas tant dans les pathologies à traiter, nous y sommes habitués, que dans la gestion des cas. Il faut aller très vite pour les évaluer correctement. "

Compliqué mais plaisant

Il y a d'autres difficultés : la tension des directeurs sportifs, l'énervement des coureurs, l'agitation hors normes qui règne dans une telle épreuve, la médiatisation qui est permanente sur une chute ou autour d'un coureur blessé, et qui ajoute de la pression et du danger.

" Calmer tout le monde dans ces moments-là, ce n'est pas facile ", admet Florence Pommerie. " Mais le plus compliqué, c'est la logistique. Pour maintenir en course un nombre suffisant d'ambulances et de médecins, il arrive parfois qu'après les premiers soins, les blessés ne soient pas évacués tout de suite, et qu'ils soient obligés de rester dans l'ambulance, en attendant la fin de la course. C'est une gestion qui dépend beaucoup du type de chutes, du nombre de coureurs impliqués, de la répétition des chutes, et du terrain. En cas de blessures très graves, il faut quand même organiser l'évacuation du coureur, trouver la formule la plus adéquate, faire appel au Samu local ou à un hélicoptère, contacter les hôpitaux en mesure d'accueillir le blessé... "

" Et il n'y a pas que la course et les coureurs, il y a aussi la caravane publicitaire, les journalistes, les suiveurs et surtout le public,et en particulier les enfants qu'il faut surveiller. On vit dans la hantise du gros pépin. Pendant trois semaines, on est sur le qui-vive. "

Pas simple en effet mais la femme urgentiste admet qu'elle y trouve son compte. Et son plaisir reste intact. " Nous avons la chance de côtoyer de grands champions et, rendre service à des gens qu'on admire, c'est un bonheur. Et puis, le Tour de France, cela ne se refuse pas... "